Itinéraire d'Alphonse Bachetti - Aux ch.. Mussolini

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“Aux ch.. Mussolini”
En découvrant l’inscription toute simple apposée aux Grandes Baraques, promeneurs et scolaires venus travailler à la petite école pourront, tout en apprenant un peu, le cas échéant, de géographie historique, découvrir une dimension symbolique de la seconde guerre mondiale avec la place tenue par les obscurs et sans grade qui ont permis la victoire finale. Le rappel modeste d’une aventure hors du commun est aussi opportun à un moment où Besançon célèbre les étrangers dans la Résistance. C’est aussi l’occasion de réfléchir aux excès des passions chauvines. Le 10 juin 1940 tandis qu’A. Bachetti était engagé à nos côtés son pays natal déclarait la guerre à une France en pleine débâcle. Ce coup de poignard dans le dos provoqua chez nous une indignation source de violents incidents mal connus. Dans ses mémoires manuscrits Raymond Vauthier, alors maire de Pontarlier, écrit “le 10 juin vers 22 h, il fallut désarmer place d’Arçon une colonne qui, au chant de la Marseillaise, partait en expédition contre la maison d’un Italien, avec des gourdins et une massue”. En gare, les Italiens étaient passés à tabac. A Besançon d’après la “République de l’Est” une “manifestation anti-italienne” eut lieu spontanément à travers les rues de notre cité... Les cris de “Aux ch... Mussolini” furent repris par la foule”. -
Abasourdis par l’incroyable défaite, affolés par l’avance foudroyante des chars allemands, nos compatriotes accueillaient tous les bobards : dans le Haut-Doubs on annonçait comme imminent un débarquement ennemi par hydravion sur le lac de Malbuisson, à Besançon on répétait qu’à la radio de Stuttgart le traître Ferdonnet avait annoncé que dans notre ville les vêtements des communiantes, blancs le matin, seraient noirs le soir... Dans ce climat de panique, ii fallait des boucs émissaires. Il ne faisait pas bon porter un nom italien ces jours-là... même si de nombreux “ritals” selon l’expression méprisante couramment utilisée alors, avaient fui la dictature fasciste, les mauvais traitements infligés par les gros bras de Mussolini qui intimidaient leurs adversaires en les forçant à boire de l’huile de ricin- avec les désagréables conséquences que l’on sait - et envoyaient les plus récalcitrants au bagne des îles Lipari.
Au recensement de 1936, 7 990 Italiens vivaient dans le Doubs. Après la guerre l’effectif tomba au-dessous de 5 000 pour remonter ensuite et atteindre son maximum en 1962 8 101. Nos entreprises, singulièrement celles du bâtiment, ayant fait appel massivement à la main d’oeuvre immigrée. En 1990, au dernier recensement, le chiffre de 2 597 est le résultat des nombreuses naturalisations intervenues.

 

 

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