Hsin-O Tsai, Vision de bonheur

J’ai découvert l’exposition Encre et Couleurs, ce mois de février 2009, à la boutique Identité Café, au 9 rue d’Anvers, à Besançon.


Hsin-O Tsai y déclinait ses peintures aux côtés d’Annie Barthelet. Des peintures fines, frémissantes, oiseaux légers et évocations de paysages…
Hsin-O ne m’était pas inconnue. J’avais entendu parler d’elle et je l’avais entrevue lors d’une soirée amicale. J’ai cru avoir saisi qu’elle n’affectionnait pas trop les grands rassemblements.
Hsin-O est avenante, à l’écoute, prête à l’échange. Ainsi, me paraît-elle, cette après-midi de février, miraculeusement ensoleillée.
Elle m’offre du thé au jasmin, j’en bois les premières gorgées et l’entretien commence. Pendant qu’elle parle, je remarque la couleur lisse et noire de ses cheveux, la délicatesse de ses traits.

Elle est née à Tainan, au sud de Taiwan (Formose), ville la plus ancienne de l’île.
Les premiers habitants de l’île n’étaient pas Chinois m’explique Hsin-O. Aujourd’hui, les Aborigènes sont au nombre de 380 000 environ et la majorité de la population est originaire du continent chinois.
Après avoir suivi des études de peinture traditionnelle chinoise à l’Ecole des Beaux Arts de Taipei, capitale de Taïwan, Hsin-O se retrouve en Espagne. À Madrid, elle s’inscrit à la Faculté des Beaux Arts et y passe trois années.
C’est en Espagne qu’elle rencontre Martin Meyer, son futur époux, originaire de Strasbourg. Il y enseigne les mathématiques dans le cadre d’un échange franco-espagnol.
En 1989, elle passe une année à Strasbourg. Elle y fait l’apprentissage du français. À cette date, elle connaît l’anglais – « Tout le monde parle anglais à Taiwan », l’espagnol « avant le français » et bien sûr le mandarin et l’un des dialectes de Taïwan.
En rencontrant Martin, Hsin-O a rencontré le français ! Le couple rejoint Besançon, l’année 1990, l’année de la nomination de Martin Meyer au poste de maître de conférence au Département de maths de l’université de Franche-Comté.

Vivre à Besançon, pour la jeune femme, c’est apprivoiser la langue française. Elle suit des cours au Centre de Linguistique Appliquée (CLA) et à l’extérieur, au Marché, entre autres, des cours vivants et « obligatoires ! » « J’ai plus appris dans ce cadre là, en discutant simplement avec les gens. »

Apprendre le français, a-t-il été difficile? « Me familiariser avec des sons, des prononciations que je ne connaissais pas, oui, c’était assez difficile. Le plus dur aussi, c’était de me retrouver tout d’un coup sans mots au cours d’une conversation. J’avais un blanc et je ne pouvais plus continuer. »

Lorsqu’elle a été mieux dans la langue, selon ses propres termes, Hsin-O Tsai est revenue à la peinture.

« Des amis de mon beau-père, un couple avait une Galerie de peinture en Bourgogne, à Flavigny, village médiéval bien conservé, tout près d’Alésia. J’y ai assuré des animations de stages d’été en calligraphie et peinture chinoises. La femme du couple est elle-même pastelliste et elle est la marraine de mon fils Constantin, ce qui renforce notre relation. »

La profane que je suis pose des questions concrètes.
L’artiste m’informe qu’elle a aussi pratiqué de la « peinture occidentale », huile, aquarelles, pastels.

Elle me précise que le papier de Chine est un papier très fin, vergé, très absorbant. Les touffes des pinceaux chinois sont au préalable sélectionnées et doivent être rigoureusement de la même longueur, comme une mèche de cheveux. L’encre dite de Chine s’obtient à partir de suie de végétaux et se dilue dans l’eau avant de peindre.
« Je reprends la technique traditionnelle. Je regarde les montagnes, les Alpes, les Vosges, les falaises du Jura, la mer, les côtes françaises, l’océan. J’aime beaucoup voyager, j’observe, j’absorbe, l’imagination travaille et cela ressort à travers des visions. Il ne s’agit pas de recopier un pays mais de l’exprimer par le pinceau. Il en sort des visions. »

Hsin-O Tsai expose depuis des années à la « Licorne bleue », la Galerie de Flavigny, une fois à Vezeley (Yonne). Elle a également exposé à Besançon, en Galerie, à la médiathèque Pierre-Bayle et à la boutique Identité Café, deux fois de suite.
La peinture est bien présente dans sa vie. « J’ai un temps et un espace rien que pour moi ».

Tous les trois ou quatre ans elle retourne à Taiwan, pendant les vacances. Accompagnée de Martin et de Constantin, elle redécouvre les lieux à travers leur regard, leur point de vue.

Quant à la langue chinoise, son fils suit des cours à Besançon dans le cadre d’une Association (j’y reviendrai). La communication avec les grands-parents maternels passant à travers cette langue.
Le chinois n’était pas étranger à Martin. Avant l’Espagne, il avait enseigné les mathématiques en Chine pendant une période de deux ans.
Je demande à Hsin-O si les deux familles, des deux côtés du monde, ont bien accueilli le couple mixte. « Pour ma famille, cela n’a posé aucun problème; de même pour ma belle-famille. Mon beau-père enseignait les mathématiques à l’université de Strasbourg et ses étudiants étaient français, asiatiques, indiens… » Modeste, Hsin-O ne dit pas qu’il fut un brillant mathématicien, consacrant son oeuvre à la théorie du potentiel et au calcul des probabilités et s’illustrant, entre autres, par son très renommé Séminaire de Strasbourg.

En 2001, l’Association pour l’enseignement du chinois et de la calligraphie chinoise est créée par Xu Quanhua, professeur en mathématiques de l’université de FrancheComté. Issus de la deuxième génération, les élèves sont âgés de 3 à 17 ans. Le fils de Hsin-O, Constantin y suit deux heures par semaine.
« La première année, nous n’avions pas de local. La ville nous avait prêté une salle à l’Hôtel de Ville, place St-Pierre. Six mois après la création de l’Association, nous avons ouvert le cours aux Français. Pari réussi ! Nous avons eu 40 inscrits. Depuis le chiffre s’est stabilisé autour de 60 personnes. Les enseignants sont au nombre de 4 : 3 pour l’enseignement de la langue et 1 pour celui de la calligraphie. » C’est Hsin-O Tsai qui assure cet enseignement.

Nous évoquons les prénoms, leur signification, les motivations présidant à leur choix. Hsin-O signifie « Fée du bonheur ». Écoutant les développements de mon interlocutrice, je comprends qu’un prénom en Chine relève de la composition, de la création ! Il est très rare de trouver des prénoms de même impression et de même caractère. Les parents chinois recherchent la rareté, la singularité.
Constantin, quant à lui, doit son prénom au goût de ses parents pour Constantinople et leur intérêt pour la Turquie.

Comment ne pas évoquer la cuisine traditionnelle chinoise?
« C’est la préparation qui est longue et non la cuisson (la saisie). Il faut tout découper et de manière harmonieuse, soit uniquement en lamelles, soit en dés. Ma mère me disait : Tu veux savoir si quelqu’un cuisine bien ? Observe comment il découpe ses légumes ! Dans la vie quotidienne, je cuisine comme tout le monde. Les plats chinois, je les prépare lors des anniversaires, des fêtes chinoises, quand nous recevons les amis. Constantin aime bien les raviolis chinois, genre raviole, avec viande hachée et légumes. »

Nous revenons à l’Association d’enseignement de la langue et de la calligraphie chinoises, dont le siège est situé au 24 rue de l’Avenir. Une adresse prometteuse! Hsin-O m’apprend aussi qu’un cours de chinois a été ouvert à la faculté de Lettres, rue Mégevand.
Chaque fin d’année scolaire, sa classe de calligraphie expose ses travaux. Cette année 2009, l’exposition se déroulera le long du mois de juin, à la boutique Identité Café.
L’âge des élèves va de 9 ans à 75 ans. Leur enseignante Hsin-O en est fière. « Ils n’hésitent pas à venir le soir, parfois de loin (de Pontarlier, de Vesoul!), même quand il fait froid, de 18 h à 20 h 30. Des étudiants, des artisans, des peintres, des médecins… La classe compte entre 7 et 10 personnes, très motivées. C’est un vrai plaisir! »

Propos recueillis par Soumya AMMAR KHODJA, Besançon, février-mars 2009.

Tainan, Taïwan

Besançon, France

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